Deux années après Mémoires vives, premier album très marqué new wave, pop 80’s et foncièrement synthétique, Grand Blanc revient avec Images au mur. Aéré, aérien et versatile, ils réussissent tout au long du disque à déconstruire leur identité sans se perdre.

Un exercice assez troublant s’est offert à moi, lors de la préparation de cette chronique. Il a suffit d’écrire « grand blanc + images au mur » dans notre moteur de recherche favori pour obtenir des milliers de résultats et bien, d’un grand mur blanc. Logique, me diriez-vous. Mais tout à fait troublant, de se retrouver devant une image blanche sur un mur blanc, ou d’un mur blanc rempli d’images vierges. Une sensation de mise en abyme totalement fortuite et inattendue : je venais d’ouvrir une fenêtre – ou du moins, de l’idée que je m’en fais – sur le processus créatif qui est tombé devant les yeux du quatuor. Une immense page blanche, qui ne demande qu’à être noircie, coloriée.

Car à l’aube d’un second album, les questionnements sont intenses et nombre de groupes n’y survivent simplement pas. Comment faire du neuf avec du vieux ? Perpétuer une formule que l’on maîtrise, au risque d’être redondant ? Ou tout foutre en l’air au risque cette fois-ci, décevoir les fans de la première heure ?

Aucune réponse n’est la bonne, évidemment. Pour Grand Blanc, l’écueil brillamment contourné est l’évitement de l’étiquette « pop française actuelle » qu’on leur a collée, à leur grand dam, dès leurs débuts. Oui, ils font de la pop, en français, en 2018 mais avec le pas de côté nécessaire pour séduire et rester pertinent, à une époque où chanter en français est totalement redevenu normal, commun, bienvenu.

Un évitement en forme de renouveau, inhérent à un second album, sans modifier ce qu’ils font de mieux : créer de petits tubes pop. Moins synthétique et mental, Images au mur frappe par son énergie – qu’elle soit frontale, comme sur Belleville ou Los Angeles ou plus lancinante sur le morceau-titre de l’album. Une énergie colorée, franche et voir même joyeuse, tout en nuances et délicatesse. Télévision en est un exemple parfait de maîtrise, entre mélancolie rentrée et tentation d’emballer le tout.

Des ballades aériennes s’égrainent tout au long de l’album : le titre Ailleurs, décliné en deux parties tantôt nocturne, tantôt éthérée, jusqu’à la bizarrerie Rêve BB Rêve, étrangeté hip-hop sous codéine. Grand Blanc ne se refuse aucune envie, ose et touche juste : un second long format enchanteur, multiple, comme autant d’images, des hauteurs du XXème arrondissement parisien aux autoroutes lavées par le soleil de L.A. Autant d’images que l’on pourrait placarder au mur et admirer, encore et encore.

Images au mur est disponible sur Bandcamp et sur les autres plateformes d’écoutes.

Crédit photo : © Boris Camaca 

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