Réveillés par notre marraine la fée, il faut commencer à s’activer, monter la tonnelle, se mettre à l’ombre car il fait déjà 30 degrés, faire le point sur le ravitaillement des portions de survie. L’idée même de prendre une douche ne nous effleure pas lorsqu’on voit les festivaliers attendent chaise pliante à la main leur tour pour la sainte hygiène. À quoi bon perdre 3 heures pour être à nouveau poisseux quelques moments plus tard ? On opte pour la version 19ème siècle, bassine et savonnette. Plutôt efficace.

La vie du camping c’est avant tout des rencontres, et on fait connaissance avec nos voisins les ours, une bande de gros poilus qui vivent cachés sous leur bâche et poussent des cris animaliers assez réguliers. La communication étant restreinte, on décide d’aller copiner avec les voisins belges, qui nous offrent gracieusement des pansements Jésus. Alléluia, le ciel est avec nous. La tête du Christ sur la cuisse, on part pour le festival, avec en premier lieu Mobb Deep sur The Last Arena. La légende a soufflé un vent de rébellion dans la foule et l’on s’immerge pour tâter le flow des rappeurs du Queens. La Street Life prend vie dans les champs de Dour, on est ravi du détour lorsqu’ils lâchent le tube Shook Ones devant une foule en délire.

On retrouve notre côté frenchie et on part voir La Femme, leur nouvel album étant déjà dans nos playlists. Live sympa mais sans plus, on décide de s’aventurer ailleurs après leur Où va le monde. On se dirige vers la scène Redbull, où Maceo Plex prendra les commandes pendant deux heures. Son affaire est loin d’être sordide, malgré le fait qu’il fasse jour, il ne la joue pas fine et optimise l’installation sonore avec des drops venus de l’espace. Il balade son controller entre mélodie symphonique et techno industrielle, un style qui se résume bien par cette track mélanco-euphorique.


On aura fait quelques détours pas très convaincants, comme le live de Fakear, qu’on connaît bien et qui ne nous surprend plus, ou celui de Birdy Nam Nam, qui n’apporte pas de nouveautés et penche un peu trop du côté dub. Le live surprenant de ce vendredi soir sera celui de Brain Damage qui ont su apporter une énergie débordante et des transitions au clavier soulevant le rythme. La soirée s’enchaînera sur Richie Hawtin, pitbull de la techno fidèle à lui même, et Boris Brejcha, dont le vdjing kaléidoscopique de palmiers et de zèbres en aura fait plané plus d’un. Fin des festivités sur une dernière note de Four Tet, qui adoucit le ton et livre une performance toujours aussi cosmique. Le retour au camping s’accompagnera d’une petite salade mexicaine avant de récupérer quelques forces pour la suite.

Armés de nos chaussettes, drapeaux et bananes Jupiler, notre Team n’a jamais été aussi soudée. Notre campement ressemble bientôt à un point Stop Pokémon où tout le monde vient s’entailler et partager ses histoires Douréennes. Au pic démographique du festival (on est bientôt 30), on commence la marche du pèlerin entre le camping et le site, 30 minutes de cris, de « DOUREEUH » chantés en coeur et sauts de biche. Du bonheur à l’état pur. Panda Dub inaugurera notre samedi soir, un live de qualité qui ébouillantera la scène Jupiler. Pas envie de finir en oeuf dur, on décolle. La première vraie claque de Dour sera pour Sigur Ros, le groupe islandais un peu taré qui chante leur désespoir sur des ensembles de claviers aériens, maîtrisant le chant géorgien comme les loops d’Ableton.

La soirée continue avec Daniel Avery, qui ne nous a pas étonné, le DJ s’essoufflerait-il du succès de son Water Jump ? Pause synthétiseur et hochement de tête avec DJ EZ, le beatmaker anglais qui enregistre des mixes incontournables tel un sélectionneur de l’équipe anglaise de grime. Passage à la scène Cubanisto, nouveau chapiteau de cette édition, qui accueille Leon Vynehall. On est fan, on perd tous nos moyens lorsqu’il passa son dernier titre floral Blush. Sensations garanties.

Fin du game avec Bicep qui nous surprend en troquant vinyls house pour un set techno pour mieux coller avec l’heure avancée. Ils n’en oublient pas leur fondamentaux et mixent avec talent des samples disco aux basses énervées de fin de soirée. Clap de fin comme à l’Euro, on repart se coucher, croisant sur le chemin un groupe de festivaliers en mal d’after attirant la foule dans leur emplacement avec La Tribu de Dana. Drôle et improbable, leur bande de 10 copains furent bientôt 60. On repassera.

Dernier réveil à Dour, c’est dur. On sent déjà l’adrénaline retomber, il faut packer son sac, préparer le départ. On décide de profiter un peu des concerts d’après midi, jusque là ignorés, et d’aller sur le site à l’aube des festivités. En voguant de scène en scène, on découvre des choses improbables, comme Ho99o9, un duo complètement dingue de punk metal, aux horizons sonores encore inconnus. Deux enragés qui crient à l’anarchie en combinaison de poil bleu fluo. Tout ça finira en pogo géant avec les artistes, qui a dit bargeot ? Fini de broyer du noir, on écoute les punchlines du TSR Crew, groupe de rap parisien qui fait partie de cette  « Génération de baisés qui veut baiser sans faire d’enfants ». A suivre.

Clément Bazin sera aussi une belle découverte, maîtrisant seul tous ses instruments et jonglant entre les notes électro pop. Il finit par With You, son dernier titre signé sur Nowadays Records. La French touch est plus que présente à Dour, c’est officiel. Le live de l’après midi sera du côté de la RedBull, avec Louisaahh et Popof, le dernier semblant vouloir revenir sur le devant de la scène. Son live très bien orchestré et équilibré nous surprend, il ne joue pas la facilité, oubliant ses tubes incontestés et s’aventurant vers un format épuré. Sa techno liquide n’a pas pris une ride. Dour touche à sa fin pour moi, on profite des derniers instants devant DJ Premier à the Last Arena, qui passe un message de paix à tous, certainement aux échos des attentats qui ont surgit la veille à Nice.

La programmation très éclectique de Dour, entre grosses pointures et nouveaux venus est plus que satisfaisante. Tout le monde se mélange, danse, vis, dors ensemble, sans distinction de genre ou de nationalité. Les costumes aussi loufoques les uns que les autres, les habitués qui ne comptent plus les années forment l’essence de cet évènement. Il y a de ces festivals qui ont une âme, et Dour en fait partie.

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